Présidentielle 2027 · Bulletin n° 4 · 28 septembre – 11 octobre 2026

Face aux lycéens, les chaînes russes parlent de « régime Macron »

Une phrase d’Emmanuel Macron sur le gaz russe devient un aveu, et les candidats à la présidentielle restent presque absents de la collecte.

Colonelcassad : « Le régime de Macron fait maintenant la même chose que ce qu'il reprochait récemment aux autorités iraniennes. »
Colonelcassad : « Le régime de Macron fait maintenant la même chose que ce qu’il reprochait récemment aux autorités iraniennes. »

Ce quatrième numéro du bulletin bimensuel couvre la période du 28 septembre au 11 octobre 2026 inclus. Les dix-sept chaînes Telegram russes observées ont publié 267 messages correspondant aux mots-clés. À partir de ce numéro, Raphaël Glucksmann a été ajouté aux mots-clés suivis à cause de sa position comme le leader possible du camp « gauche ». Au cours de la période observée un sujet peut être considéré dominant et il s’agit de la mobilisation des lycéens, qui occupe plus d’un message sur trois et environ 40 % des vues. Les chaînes d’opinion y appliquent à la France le vocabulaire qu’elles réservent d’ordinaire aux pays visés par les « révolutions de couleur ». Quant à la campagne présidentielle, elle reste au second plan.

En bref

  • 145 messages négatifs, 117 neutres et seulement 3 positifs. La part négative remonte à 54 %, contre 39 % dans le numéro précédent. Les deux chaînes Telegram, Chkvarka et Soloviev, en totalisent 57.
  • Une centaine de messages sur 15 chaînes portent sur les manifestations lycéennes, générant 4 millions de vues.
  • La phrase d’Emmanuel Macron sur le gaz russe est le deuxième message le plus partagé de la collecte, générant 1403 partages. Le premier rapporte le vol d’un livre dont la couverture est signée Salvador Dalí.
  • Marine Le Pen apparaît seulement dans 9 messages. Raphaël Glucksmann et Gabriel Attal sont totalement absents de mention.

Messages par jour et par mot-clé, 28 septembre – 11 octobre 2026

010203040messages par jour28/092026-09-28 · France 8 · Macron 1 · Le Pen 329/092026-09-29 · France 9 · Macron 3 · Le Pen 1 · Bardella 130/092026-09-30 · France 14 · Macron 1001/102026-10-01 · France 22 · Macron 6 · Le Pen 102/102026-10-02 · France 24 · Macron 7 · Le Pen 1 · Bardella 103/102026-10-03 · France 7 · Macron 404/102026-10-04 · France 14 · Macron 605/102026-10-05 · France 21 · Macron 306/102026-10-06 · France 36 · Macron 21 · Le Pen 1 · Mélenchon 107/102026-10-07 · France 30 · Macron 708/102026-10-08 · France 18 · Macron 5 · Le Pen 109/102026-10-09 · France 14 · Macron 310/102026-10-10 · France 5 · Le Pen 111/102026-10-11 · France 8 · Macron 5
  • France 230
  • Macron 81
  • Le Pen 9
  • Mélenchon 1
  • Attal 0
  • Bardella 2
  • Glucksmann 0
Graphique Info Ops France, d'après la sortie de l'outil DFN.

Narratifs dominants observés

Paris, nouveau Téhéran

Tonalité négative

Les chaînes Telegram de médias suivent la mobilisation au jour le jour, par exemple TASS, Kommersant et la chaîne la plus suivie de la collecte relaient les chiffres officiels, qui passent de 164 interpellations le 29 septembre à plus de 6600 le 7 octobre. Ces relais factuels font l’essentiel des vues.

Les chaînes d’opinion en tirent une autre lecture. La plus fréquente retourne contre Paris son propre discours. La propagandiste russe Skabeïeva commente trois vidéos de charges policières par des formules voisines : la police « explique les valeurs démocratiques » aux manifestants. La chaîne Colonelcassad parle à six reprises du « régime Macron », et Chkvarka relaie deux messages de la chaîne biélorusse ZhS Premium, dont l’un dénonce le « régime du dictateur Macron ».

Le 6 octobre, la convocation de l’ambassadeur de France à Téhéran donne à ce cadrage un appui officiel. Colonelcassad y voit l’illustration du « double langage européen », générant 348 partages. Soloviev relaie un message d’Abbas Djuma qui compare la couverture du Monde à la « méthode » d’Iran International pendant les manifestations iraniennes. Quant à Maria Zakharova, elle demande qu’on « réveille Kaja Kallas », et Kirill Dmitriev estime que l’Occident a « peut-être déjà franchi le point de non-retour ».

Une deuxième lecture porte sur l’immigration. Alexeï Pouchkov attribue à Donald Trump un lien entre « la composition ethnique des manifestants » et leur radicalité. Une chaîne reprise par Neudachtcha résume : « Amenez des migrants à Paris et regardez ce qu’il en advient ». Le 10 octobre, Svodki affirme que les manifestations gagnent la Belgique et l’Autriche, où des communautés musulmanes réclameraient le port du hijab et du niqab à l’école, et que des appels à rejoindre le mouvement circulent en Allemagne. Par contre, le message ne cite aucune source.

Le Kremlin reste en retrait. Dmitri Peskov qualifie les manifestations d’« affaire intérieure de la France », tout en notant que des lycéens qui brûlent des voitures sont « de mauvais lycéens ». D’autres chaînes relient la rue à l’Ukraine, notamment pointant sur Emmanuel Macron : « dans un Paris en flammes, continue de s’inquiéter pour l’Ukraine », écrit Chkvarka. Un rassemblement parisien contre l’aide à l’Ukraine (« Macron, nous ne mourrons pas pour l’Ukraine ! ») et une « Katioucha » chantée dans Paris circulent sans date, sans organisateur et sans chiffre vérifiable.

L’aveu qui n’en était pas un

Tonalité mixte

Macron raconte « comment il a passé l'été » : « Le facteur clé de la compétitivité européenne était le gaz très bon marché qui venait de Russie. Cela s'est terminé en 2022. Mais notre principal marché d'exportation était la Chine. Cela aussi s'est terminé. […] » « Les spectateurs applaudissent, applaudissent, ont fini d'applaudir. » (agrandir l’image)
Maria Zakharova cite Emmanuel Macron sur le gaz russe.

Le 30 septembre, à Madrid, Emmanuel Macron évoque le rôle du gaz russe dans la compétitivité européenne. Un message émis par TASS résume que le gaz russe était « un des éléments fondamentaux de la compétitivité de l’industrie européenne, et l’Europe y a elle-même renoncé ». Les six messages consacrés à cette phrase cumulent 648 mille vues et 2822 partages. Colonelcassad écrit que « Macron a vu la lumière », alors que Maria Zakharova publie une citation plus longue sous le titre « comment il a passé l’été », et Soloviev la reprend.

Le glissement se lit dans la collecte elle-même. Le 3 octobre, le résumé du soir de Soloviev en fait une autre phrase en mentionnant qu’Emmanuel Macron « a de fait reconnu l’absurdité de la politique de sanctions de l’UE contre la Russie ». Cependant aucun des messages précédents ne lui prête ces mots.

Le sujet prolonge la crise du carburant observée dans le numéro 3 du bulletin. Une vingtaine de messages suivent la demande américaine faite à la France et à l’Allemagne de libérer leurs stocks de gazole, puis l’accord du G7 annoncé par Emmanuel Macron. Alexeï Pouchkov y voit une Europe devenue dépendante des États-Unis pendant que le président « marmonne quelque chose sur l’autonomie stratégique ». En fin de période, des experts cités par Vzglyad estiment que l’accord entre Donald Trump et Vladimir Poutine sur le gazole russe prive les Européens de leurs arguments pour « sacrifier leurs intérêts nationaux à l’Ukraine ».

Message reçu

Tonalité neutre

Macron tente d'intimider la Russie avec le tir d'un nouveau missile balistique M51.3. « Pour la France, c'est un essai réussi, une démonstration impressionnante de notre capacité de dissuasion, et c'est très important. Aujourd'hui, nous sommes plus forts, et je pense que le message a été reçu clairement et sans ambiguïté. » Sur X, le président de la Ve République, pour l'instant encore, a ajouté : « Pour être libre, il faut inspirer la crainte. Et pour inspirer la crainte, il faut être fort. » (agrandir l’image)
Skabeïeva : « Macron tente d’intimider la Russie ».

L’essai du missile balistique français M51.3, le 6 octobre, porte le mot-clé « Macron » à son pic de la période, avec 21 messages ce jour-là, en même temps que la réunion de crise sur les lycées. Les 15 messages consacrés au tir, publiés par neuf chaînes, sont presque tous factuels : 11 des 14 messages classés sont neutres.

Deux chaînes retiennent la phrase du président publiée sur X, traduite par Soloviev : « Pour être libre, il faut qu’on vous craigne. Et pour inspirer la crainte, il faut être fort ». Soloviev écrit qu’il [Emmanuel Macron] a « décidé de faire peur », et Skabeïeva le présente comme le président « pour l’instant encore » de la Ve République. Dmitri Peskov reprend les mots d’Emmanuel Macron : un « message fort et clair ». Les problèmes, ajoute-t-il, se règlent par le dialogue et non par des « tirs de démonstration », et présente l’Europe comme « obsédée par la militarisation ».

Le contraste avec les lycées est net. Quelques jours plus tôt, Vladimir Poutine rappelait au club Valdaï que la France et le Royaume-Uni ont l’arme nucléaire, mais que la Russie « n’a pas d’égal ». La dissuasion française est traitée comme un sujet d’État à État, sans la dérision appliquée à la rue. L’incendie du seul porte-avions français Charles-de-Gaulle, le 5 octobre, est lui aussi relayé sans commentaire.

Le tri par l’Ukraine

Tonalité mixte

Au cours de ces deux semaines observées, Marine Le Pen apparaît seulement dans 9 messages, contre 28 deux semaines avant. Le 28 septembre, Vzglyad publie deux lectures opposées des sénatoriales, où l’une reprend la « victoire historique » revendiquée par Marine Le Pen, alors que l’autre cite le politologue Dmitri Rodionov après les critiques de la candidate sur la mise sous administration provisoire d’Auchan et d’autres actifs français : « Les droites européennes ne sont pas les amies de la Russie ». Il faut noter que ce message n’a recueilli que 2848 vues. Le 8 octobre, Skabeïeva ne retient de Marine Le Pen que son refus d’une adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne qui réduirait « la part du gâteau » agricole.

Le filtre similaire s’applique aux autres voix françaises, notamment à Nicolas Dupont-Aignan, qui est présenté comme « candidat à la présidence », affirmant que « Volodymyr Zelensky est un obstacle à la paix », générant 217 partages, ce qui le place parmi les messages les plus partagés de la collecte. Thierry Mariani plaide pour un dialogue avec Vladimir Poutine, et Pierre de Gaulle, petit-fils du général, dit vouloir un passeport russe. Ces messages sont relayés sans commentaire. Le seul contre-exemple est le député Jérôme Guedj, qui « insiste », selon Skabeïeva, pour livrer des missiles SCALP afin que l’Ukraine reprenne la Crimée et le Donbass.

La campagne électorale apparaît surtout par les sondages où la popularité d’Emmanuel Macron passe de 18 % (Odoxa) à 15 % (Ipsos BVA). TASS cite un eurodéputé selon lequel la Commission voudrait se doter d’un équivalent de l’article 4 de l’OTAN avant un « possible changement de pouvoir » en France et en Allemagne, alors que Jean-Luc Mélenchon n’apparaît qu’une fois, et Jordan Bardella deux fois. Gabriel Attal et Raphaël Glucksmann sont entièrement absents.

Acteurs et cibles

Personnalités politiques françaises les plus mentionnées, 28 septembre – 11 octobre 2026
EntitéMessagesTonalité des mentions
Emmanuel Macron81négative / neutre
Marine Le Pen9mixte
Édouard Geffray7neutre
Sébastien Lecornu5neutre
Laurent Nuñez3neutre

Jean-Noël Barrot et Jordan Bardella apparaissent dans deux messages chacun. Nicolas Dupont-Aignan, Thierry Mariani, Jérôme Guedj, Benjamin Haddad, Catherine Vautrin, Jean-Luc Mélenchon et Éric Ciotti n’apparaissent qu’une fois.

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