Ce cinquième numéro couvre la période du 12 au 25 octobre 2026 inclus. Les dix-huit chaînes Telegram russes observées ont publié 453 messages correspondant aux mots-clés, soit 70 % de plus que dans le numéro précédent. La hausse tient presque entièrement aux manifestations du 17 octobre et aux pillages qui ont suivi, avec plus de 230 messages et un peu plus de la moitié des 21 millions de vues. La campagne présidentielle sort elle aussi du second plan, surtout grâce à Marine Le Pen.
En bref
- 254 messages négatifs (56 %), 190 neutres, 5 positifs. Chkvarka en fournit 51, mais ses messages dépassent rarement 400 vues.
- Le message le plus partagé de la collecte (2 720 partages) est une dépêche de « Ran’che vsekh » sur les 400 000 manifestants du 24 octobre. Le deuxième (2 596) porte sur le piratage des systèmes de réfrigération de supermarchés français.
- Douze messages publiés par six chaînes citent Donald Trump sur l’immigration en France. Ils cumulent près de 600 000 vues.
- Marine Le Pen apparaît dans 35 messages, contre 9 dans le numéro 4. Raphaël Glucksmann est cité sept fois, presque toujours comme « russophobe ».
- L’arraisonnement du pétrolier DF Peak au large de La Réunion (22 messages) est qualifié de « piraterie » par l’ambassade de Russie, puis disparaît après l’annonce qu’aucun Russe n’était à bord.
Messages par jour et par mot-clé, du 12 au 25 octobre 2026
- France 413
- Macron 123
- Le Pen 35
- Mélenchon 12
- Attal 3
- Bardella 1
- Glucksmann 1
Narratifs dominants observés
La voix de Trump
Tonalité négative
Les médias d’État et les chaînes d’information suivent les manifestations avec les chiffres officiels (550 000 manifestants le 17 octobre, plus de 2 500 interpellations au 19, environ 3 000 commerces pillés) et rappellent les revendications de départ, comme le manque d’enseignants, les classes surchargées et le prix du carburant. Ces relais factuels font l’essentiel des vues.
Les chaînes d’opinion y voient plutôt une émeute liée à l’immigration, et cette lecture passe d’abord par Donald Trump. Le 18 octobre, sa phrase « La France brûle ! L’immigration de gens venus d’un tout autre monde […] a brisé ce pays autrefois grand » est reprise par Vzglyad, Colonelcassad et Chkvarka. Soloviev publie ensuite cinq de ses déclarations, dont « Paris va très bientôt devenir une ville musulmane » et, le 25 octobre, « Je n’ai vu là-bas aucun étudiant. Il y avait beaucoup de grands hommes avec d’énormes muscles ». Ces citations sont publiées presque sans commentaire, et les chaînes laissent ainsi un président américain dire ce qu’elles pensent.
Les voix russes vont dans le même sens. Le 18 octobre, Alexeï Pouchkov écrit qu’« en France, c’est la guerre civile. Ils ont trop joué avec la liberté de migration ». Neudachtcha relaie une chaîne selon laquelle « des envahisseurs sont venus en France et l’ont conquise sans tirer un coup de feu ». Le 25 octobre, Vladimir Poutine, cité par Vedomosti, attribue les manifestations à la dette des États européens et ajoute que l’Europe « n’a pas les moyens d’assimiler tous les migrants ».
Deux variantes s’écartent du schéma. Kotsnews tire des « leçons de la France pour la Russie » (241 partages) et en fait un argument de politique migratoire intérieure. Une chaîne relayée par Neudachtcha soutient au contraire qu’une Europe « arabisée et islamisée » serait « plus avantageuse pour la Russie » et qu’il faudrait la soutenir plutôt que les « marginaux de droite ».
La fusillade de Trappes, le 23 octobre, où le tireur dit avoir visé « des Noirs et des Arabes », ne trouve pas sa place dans ce cadrage. Seules les dépêches de TASS, Kommersant et Vzglyad la mentionnent, et Svodki retient seulement qu’Emmanuel Macron a été hué à Trappes.
Deux poids, deux mesures
Tonalité négative
(agrandir l’image)L’allocution d’Emmanuel Macron, le 18 octobre, porte le mot-clé « Macron » à 30 messages le lendemain. Les chaînes en retiennent la fermeté (« nous serons intraitables ») et l’opposent au discours français sur les manifestations à l’étranger. Maria Zakharova y répond en réclamant des « standards uniques ». Relayé par Soloviev, c’est le message le plus vu de la collecte (222 000 vues).
L’Iran fournit l’essentiel de l’argument, comme dans le numéro 4. Colonelcassad publie la réponse du porte-parole de la diplomatie iranienne Esmaïl Baghaei, qui rappelle qu’Emmanuel Macron défendait en janvier des « rassemblements sans crainte de sanction » en Iran et conclut que « parfois, le feu revient dans la maison de ceux qui l’ont allumé » (410 partages).
Colonelcassad pousse le cadrage plus loin que les autres. Il parle de « dictateur Macron » ou de « régime Macron » dans douze messages, présente les manifestants comme des « Français libres » et s’en prend six fois à Brigitte Macron avec un sobriquet injurieux. Le couvre-feu à Paris, l’interdiction de la plupart des manifestations le 22 octobre et le projet de blocage de Snapchat, TikTok et Instagram lui servent de preuves. Skabeïeva reprend l’image d’un président absent, qui aurait « fui ses problèmes » en partant dans le Golfe.
L’ingérence, c’est les autres
Tonalité négative
Les chaînes ne parlent d’ingérence russe que pour s’en moquer. Le 19 octobre, Skabeïeva cite un débat de BFMTV où un intervenant estime que les images des violences déroulent « le tapis rouge devant Matriochka », la campagne de désinformation russe. Le soir même, Colonelcassad titre « La Matriochka russe fait vaciller la France ». Vzglyad donne la parole au politologue Vadim Troukhatchev, pour qui ces accusations sont « un moyen commode de rejeter la responsabilité sur un coupable extérieur ». TASS cite Florian Philippot, qui qualifie de « fables » un article de BFMTV sur l’activité russe avant les manifestations.
Le 22 octobre, Emmanuel Macron évoque une « ingérence étrangère visant à manipuler l’information » et des images générées par intelligence artificielle d’événements qui « ne se sont jamais produits en France ». Dans la collecte, sa déclaration n’est relayée que par Chkvarka (environ 300 vues), qui ironise qu’« il a oublié d’ajouter que ce sont des fakes russes et des manigances du Kremlin ». Aucun média d’État ne la reprend.
La collecte contient plusieurs affirmations non sourcées. Chkvarka affirme qu’une synagogue a été saccagée, Neudachtcha relaie des « pogroms juifs » qu’auraient constatés des « journalistes français ». Svodki écrit que le Louvre est « menacé », alors que la dépêche de TASS citant l’AFP parle d’un accès bloqué par une manifestation de soutien aux lycéens. La boutique de la famille de Brigitte Macron à Amiens montre le cas inverse. Chkvarka affirme que six véhicules de police la protégeaient (312 vues), la préfecture dément, et ce démenti, relayé par « Ran’che vsekh » et Vzglyad, atteint 260 000 vues.
Le scénario roumain pour la France
Tonalité mixte
(agrandir l’image)Marine Le Pen est citée dans 35 messages, publiés par onze chaînes. Le 14 octobre, le principal sujet est son entretien au Financial Times, où elle annonce qu’elle arrêterait l’aide financière à l’Ukraine six mois après son élection. Soloviev publie la traduction de sa réponse (« La France est au bord du défaut »), TASS y ajoute un sondage Ifop qui la place à 35 % au premier tour. Le 18 octobre, l’article du Telegraph selon lequel l’UE se presse d’adopter de nouvelles sanctions avant la présidentielle française circule dans six messages, dont deux de « Ran’che vsekh » qui dépassent chacun 300 000 vues.
Comme dans les numéros précédents, les chaînes ne retiennent de la candidate que ce qui concerne la Russie et l’Ukraine. Son projet d’interdire le voile à l’université n’apparaît que chez Chkvarka (298 vues). Après les émeutes, Soloviev retient sa phrase sur « un État qui se désagrège ».
Alexeï Pouchkov écrit l’essentiel du récit électoral. Le 18 octobre, il annonce un « scénario roumain » (voir capture), qu’il répète le lendemain à partir d’un sondage YouGov. L’accusation d’ingérence est ainsi présentée comme un prétexte avant même d’avoir été formulée. Pouchkov affirme aussi que les sondages sous-estiment Marine Le Pen (« en réalité, 36 à 38 % ») et gonflent Raphaël Glucksmann, sans citer de source. Ses messages restent peu vus (de 2 700 à 27 000 vues).
Raphaël Glucksmann, élu à la primaire socialiste, est présenté comme « un des principaux russophobes de France » (Chkvarka) ou « russophobe héréditaire » (Vzglyad). Pour Pouchkov, les « structures profondes » veulent en faire un « Macron 2.0 » qui rassemblerait au second tour les opposants à Marine Le Pen. Jean-Luc Mélenchon est traité en sens inverse. Soloviev publie trois de ses déclarations, dans lesquelles il refuse d’envoyer « nos enfants mourir pour des opérations aventureuses de l’OTAN », affirme que la Russie n’est « pas notre ennemie » et appelle à « aucune guerre avec les Russes ». Vzglyad en fait pourtant l’inspirateur des manifestations.
Les autres candidats apparaissent selon le même filtre. Florian Philippot est cité trois fois par TASS, Nicolas Dupont-Aignan deux fois par Chkvarka, Marion Maréchal par TASS et Skabeïeva, qui accuse aussi Natacha Polony de vouloir « gagner de l’argent sur la guerre avec la Russie ». Jordan Bardella n’apparaît qu’une fois, pour sa critique de la défense européenne. Gabriel Attal est cité dans trois messages, toujours comme candidat sans chances.
Acteurs et cibles
| Entité | Messages | Tonalité des mentions |
|---|---|---|
| Emmanuel Macron | 124 | négative |
| Marine Le Pen | 35 | neutre / favorable |
| Laurent Nuñez | 22 | neutre |
| Sébastien Lecornu | 16 | neutre / négative |
| Jean-Luc Mélenchon | 13 | favorable |
| Brigitte Macron | 9 | négative |
| Raphaël Glucksmann | 7 | négative |
| Gérald Darmanin | 7 | neutre |
Hors candidats déjà cités, Jean-Noël Barrot apparaît dans trois messages, Édouard Philippe et Roland Lescure dans deux, Pierre de Gaulle et Emmanuel Grégoire dans un.
